Le Matin Mercredi 05 octobre 2005 nwmatinhome.html.gif
OBSTINÉS Jules et Aïcha Petroz, ici avec leur fille Ava, sont persuadés que ce tableau est un authentique Edouard Manet et représente Méry Laurent, qui fut la maîtresse du peintre. L'oeuvre sera exposée de jeudi à dimanche au Grand Chapiteau genevois de la brocante, à Plainpalais. Photo © Salvatore Di Nolfi
Ce portrait impressionniste est-il un Manet?
GENÈVE Un couple d'antiquaires se bat pour faire authentifier un tableau non signé acheté au marché aux puces de Plainpalais en 1997. Jules et Aïcha Petroz sont certains d'avoir trouvé une oeuvre inconnue du célèbre peintre français. Boudés par les experts, ils ont décidé de la montrer au grand public
XAVIER LAFARGUE
04 octobre 2005
Ce tableau est-il un Manet, oui ou non? Depuis plus de huit ans, la vie de Jules et Aïcha Petroz, un couple d'antiquaires genevois, tourne autour de cette unique question, pour l'instant sans réponse. Malheureusement pour eux. Car l'oeuvre d'art, qu'ils ont dénichée au marché aux puces de Plainpalais, un samedi d'avril 1997, pourrait valoir une vraie fortune! «Aujourd'hui, la situation est bloquée, explique Jules Petroz. Malgré toutes nos démarches, aucun expert n'a accepté d'authentifier notre toile, qui n'est évidemment pas signée, comme Manet en avait l'habitude. Seul l'Institut Wildenstein, à Paris, est habilité à le faire. Il y a sept ans, j'avais envoyé des photos du tableau. Daniel Wildenstein, décédé depuis, m'avait répondu, sans avoir vu la toile, que ce n'était pas un Manet, mais un tableau de très belle facture.» Point final? Pas du tout. «Nous étions un peu timides à l'époque, mais nous avons poussé nos investigations, poursuit l'antiquaire genevois. Car trop de détails sont troublants. Le modèle, d'abord, je suis certain que c'est Méry Laurent, une demi-mondaine qui fut la maîtresse du peintre impressionniste. Et puis, c'est bien la palette d'Edouard Manet, sa technique. Le châssis du tableau, d'époque, a été acheté dans une boutique parisienne, à 500 m du domicile de Manet et 300 m de celui de Méry Laurent...» Des indices comme ceux-ci, Jules Petroz peut en délivrer à l'infini. Dernière carte L'histoire de son tableau a désormais fait le tour du monde et de la presse. En août dernier, Paris-Match lui a même consacré plusieurs pages, mais les portes des professionnels de l'art se sont fermées à l'enquêteuse française lorsqu'elle a voulu savoir si, oui ou non, l'oeuvre acquise pour une bouchée de pain était de la main de Manet. Dans l'impasse, ayant déjà investi énormément d'argent et de temps dans cette affaire, Jules Petroz s'apprête à abattre sa dernière carte: «Dès jeudi et jusqu'à dimanche, j'exposerai mon tableau sous le Grand Chapiteau genevois de brocante et d'antiquités, à Plainpalais. Pour qu'un maximum d'experts le voient et se prononcent enfin.» L'antiquaire caresse l'espoir qu'ainsi sa toile prendra bientôt place dans une grande exposition, à Paris, à Londres ou à New York. «Ce tableau mérite d'être vu», lâche-t-il.
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